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Lettre à un souverainiste fatigué


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Cette lettre a été publiée dans le Journal de Montréal, le 19 septembre 2015 et dans Le Devoir, le 21 septembre 2015.

Vous étiez un souverainiste pur et dur, comme ils disent. Vous pensiez et pensez toujours que nous serions mieux comme peuple si nous avions dit oui aux référendums de 1980 ou de 1995. Comme moi qui ai eu l’honneur d’être avocat du P.Q. et du Bloc Québécois pendant leurs belles années, vous avez milité pour que nous ayons un pays, un pays à léguer à nos enfants. Vous avez voté au fédéral pour la première fois pour le Bloc, incapable de voter avant pour un parti fédéraliste. Vous avez peut-être un peu triché à la dernière élection fédérale sans trop de remord. Enfin, c’est fait. Personne n’est parfait. Je vous comprends d’être fatigué et d’avoir, comme tant d’autres, rompu les rangs.

Mais cette fois vous ne devriez pas voter pour Mulcair qui, je m’excuse de vous le dire aussi crûment, vous a toujours profondément dédaigné. Ayant autre chose à faire, je n’étais pas présent lors de ses harangues en anglais pour le Non dans son beau comté de Chomedey au dernier référendum, mais je suis convaincu que ni vous ni moi n’aurions apprécié ses propos. Mon souvenir de lui remonte à plus longtemps. À très longtemps même, mais c’est un souvenir difficile à oublier.

En 1978, Mulcair s’engage comme avocat au Ministère de la Justice du Québec. Puis, on le retrouve pendant quelques années, de 1980 à 1983, à la Direction des affaires juridiques du Conseil de la langue française. La loi 101 est pendant cette période, et depuis ses tout débuts en 1977, attaquée de toutes parts et sans relâche. Il nous reste encore à ce moment-là quelques lambeaux de cette loi qui devait être le principal héritage de René Lévesque.

Au Conseil de la langue française, Me Mulcair avait certainement un accès privilégié et confidentiel à quantité d’études et d’opinions concernant la loi 101, dont en droit constitutionnel et en matière de chartes. Et il y en eu beaucoup, soyez-en certains. Puis tout à coup, comme ça, on le retrouve directeur des affaires juridiques à Alliance Québec. Ce cheminement de carrière pose-t-il un problème éthique? On peut aisément se le demander.

Alliance Québec, organisation généreusement financée par le fédéral va attaquer de front la loi 101 et plaider devant les tribunaux le droit des compagnies Brown Shoes et McKenna Florist, entre autres, souvenez-vous, d’afficher leur commerce en anglais. C’est lui, Mulcair, qui verra au choix des avocats et approuvera chaque mot de leur plaidoirie.

Compte tenu de sa vaste connaissance, obtenue à nos dépens, il était devenu un expert en droit linguistique. Alliance Québec aura gain de cause jusqu’en Cour Suprême en 1988. N’eut été que de Mulcair et de l’organisation pour laquelle il travaillait, nous nous retrouverions aujourd’hui avec des affiches commerciales complètement bilingues.

Rappelez-vous le psycho-drame linguistique et sa série de lois après ce jugement de la Cour Suprême canadienne. Il durera jusqu’en 1993 pour en arriver tristement à seulement forcer les commerces à afficher avec une prédominance du français. Des années et des années de combat pour obtenir ce minimum de respect.

Pendant tout ce temps, jamais Mulcair ne s’est dissocié formellement et publiquement de la position d’Alliance Québec. Peut-être s’excusera-t-il maintenant pour vous plaire.

Je vous l’ai dit, je comprends votre désabusement. En êtes-vous pour autant vraiment rendu à voter pour un fédéraliste, un fédéraliste comme Mulcair? Battre Harper, le Bloc l’a fait avant 2011.

Au Québec, les échos laissent entendre que le P.Q. se remettrait en marche. Raison de plus pour avoir des députés indépendantistes dans des comtés fédéraux.

Allez, un petit effort, votez Bloc.

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Premier livre de Louis Demers – Scènes du époque trouble: Carnet d’un avocat


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Scènes d'une époque trouble: Carnet d'un avocat
Cet ouvrage réunit une quinzaine de notes que l’auteur a rédigées au fil du temps, inspirées aussi bien de sa vie privée que de sa vie professionnelle. Écrit dans une langue souple et sensible, à l’humour mordant, le portrait qui en résulte est celui d’une époque conflictuelle et désillusionnée. Mais l’aspect qui retiendra sans doute la plus grande attention est le lien entre l’auteur et Tony Accurso, l’entrepreneur par qui, dit-on, le mal arrive. Commentant aussi bien l’homme que ses démêlés avec les journalistes, s’arrêtant également à quelques moments du déroulement de la commission Charbonneau, Louis Demers livre ici un témoignage qui, s’il ne fera pas l’unanimité, sera remarqué pour son honnêteté et son courage ainsi que pour son désir évident de contribuer à une réflexion franche sur un moment trouble de l’histoire contemporaine.

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Louis Demers